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Transferts et diaspora
La force des liens communautaires : pourquoi la diaspora africaine paie les envois d'argent les plus chers du monde
L'Afrique subsaharienne supporte les frais d'envoi les plus élevés de la planète. Le problème n'est pas technologique, il est structurel, et la communauté détient une partie de la réponse.

Les Nations unies se sont fixé un objectif : ramener le coût moyen d'un envoi d'argent à 3 pour cent du montant envoyé d'ici 2030.
L'Afrique subsaharienne en est très loin. C'est la région la plus chère de la planète pour envoyer de l'argent chez soi, avec un coût moyen qui tourne autour de 8 pour cent selon les relevés de la Banque mondiale, et bien davantage sur certains couloirs.
Voilà la réalité, dite simplement. Un Africain qui envoie 100 euros à sa mère en perd environ 8 en route. Sur les couloirs européens les plus disputés, on en perd souvent moins de 3.
La question intéressante n'est pas de savoir si c'est injuste. Elle est de comprendre pourquoi, parce que la raison n'est pas celle que l'on croit.
Ce n'est pas un problème de technologie
L'argument le plus répandu est qu'il manque des applications, des portefeuilles mobiles, de l'innovation.
Je ne le crois pas. L'Afrique a inventé le paiement mobile de masse. Un commerçant à Kigali encaisse par téléphone plus naturellement qu'un commerçant à Paris. La technologie existe, elle fonctionne, et elle est souvent meilleure qu'ailleurs.
Le coût vient d'ailleurs.
Il vient de la fragmentation
Un envoi de l'Afrique du Sud vers le Gabon traverse deux systèmes bancaires qui ne se parlent pas, deux régulateurs sans accord opérationnel, et deux devises qui ne s'échangent pas directement. Le rand doit passer par le dollar ou l'euro avant de devenir du franc CFA. Chaque passage prélève sa marge.
Ajoutez à cela des volumes faibles. Le couloir Royaume-Uni vers Nigeria porte des milliards, donc des dizaines d'acteurs s'y battent et les prix baissent. Le couloir Afrique du Sud vers Gabon porte une fraction de cela, donc peu d'acteurs s'y intéressent et les prix restent hauts.
Enfin, la conformité. Chaque opérateur doit vérifier l'identité de chaque client, dans chaque pays, selon des règles différentes. Ce travail est nécessaire, il protège contre le blanchiment, mais il a un coût fixe, et un coût fixe écrase proportionnellement les petits montants. C'est pour cela qu'un envoi de 50 euros coûte en pourcentage bien plus cher qu'un envoi de 500.
Le résultat est brutal : ce sont les plus petits envois, faits par les gens qui ont le moins, qui supportent le taux le plus élevé.
Où la communauté change l'équation
C'est ici que je deviens plus optimiste, parce que trois leviers ne dépendent ni d'un régulateur ni d'une levée de fonds.
Le regroupement. Une partie des frais est fixe, pas proportionnelle. Deux envois de 150 coûtent donc mécaniquement plus cher qu'un envoi de 300. Une famille qui passe d'un rythme bimensuel à un rythme mensuel économise sans rien changer d'autre. Une tontine qui envoie une fois pour dix personnes économise encore davantage. Ce levier ne demande aucune technologie, seulement de l'organisation.
La transparence par la communauté. Les prix de ce secteur sont opaques parce que les clients comparent mal, et ils comparent mal parce qu'ils regardent la commission affichée au lieu du montant réellement reçu. Un groupe où les membres publient chaque mois le montant reçu pour un montant envoyé, par prestataire, fait baisser les prix plus vite que n'importe quelle réglementation. L'information partagée est une arme de négociation.
La densité du couloir. Un couloir devient moins cher quand il devient plus fréquenté. Chaque Gabonais qui choisit un acteur spécialisé sur sa route plutôt qu'un acteur généraliste augmente le volume de ce couloir, et le volume est exactement ce qui fait baisser les prix. La diaspora n'est pas seulement une cliente de ce marché, elle en est le carburant.
Ce que la communauté ne peut pas faire
Soyons honnêtes, pour que le reste soit crédible.
La communauté ne peut pas créer une convertibilité directe entre le rand et le franc CFA. Cela relève des banques centrales.
Elle ne peut pas supprimer les obligations de conformité, et elle ne devrait pas le vouloir. Un couloir sans contrôle devient un couloir criminel, et ce sont toujours les communautés légitimes qui en paient le prix ensuite, sous forme de comptes fermés et de contrôles renforcés.
Elle ne peut pas non plus tout régler par l'informel. Confier des liasses à un voyageur fait économiser les frais et fait perdre toute protection, toute traçabilité et tout recours. J'ai vu suffisamment de familles perdre une épargne entière de cette façon pour ne pas recommander cette voie.
Ce que nous essayons de faire
El Express accompagne les envois de ses clients entre le Gabon, le Rwanda et l'Afrique du Sud, en opérant avec des partenaires agréés dans chaque pays, et avec des équipes dans les trois villes.
Notre pari est simple. Un acteur qui traite le même couloir tous les jours, qui connaît les familles des deux côtés, et qui affiche le montant reçu avant que vous ne versiez quoi que ce soit, rend ce couloir moins cher par sa seule existence. Pas par magie. Par concentration du volume.
Ce n'est pas une révolution technologique. C'est de la densité communautaire, et c'est précisément ce que l'Afrique a en abondance.
Vérifiez le montant exact que recevra votre famille avant de verser un franc. Le simulateur El Express affiche le montant reçu, frais déjà inclus.
Eliezer Moukouboungou Gomat est urbaniste de formation et fondateur d'El Express Group, présent à Libreville, Kigali et Johannesburg.
